Histoire du Service Militaire

 

  

 

1789 – 1871 : entre volontaires et conscrits :

 

En 1789, la conscription est unanimement condamnée par les Cahiers de Doléances. Lorsque la guerre contre les puissances européennes éclate en 1791, l'armée française est dans un état lamentable.

Mais arrivent les guerres, il faut parer au plus pressé, les belles paroles s'envolent….

Puis vient la « réquisition permanente » à partir de la levée en masse ordonnée le 23 août 1793.

Officiellement la conscription n'est rétablie que par la loi Jourdan du 19 fructidor an V (5 septembre 1798) : le service militaire est perfectionné : tous les Français sont astreints au service de 5 ans entre 20 et 25 ans. Ils forment 5 classes et, selon les besoins de la guerre – et lors des campagnes napoléoniennes, ils sont importants -, chaque année ils y a une ou plusieurs classes appelée(s) sous les drapeaux. Lorsque la situation militaire de l'Empire se dégrade, il y a rappel des classes libérées et anticipation de l'appel des classes futures (les jeunes de 18 ans). Dans ces conditions on comprend que la conscription ne soit pas populaire dans le pays.

Elle est abolie par Louis XVIII. Pourtant, assez rapidement le nombre de volontaires se révèle insuffisant pour former une armée véritable. En 1818 se met en place un système inégalitaire d'appel annuel du contingent par tirage au sort avec autorisation de payer un remplaçant si on avait tiré un « mauvais numéro » ; Ce système inégalitaire dure un peu plus d'un demi siècle avec pour simple variation la durée du service :6 ans de 1818 à 1824 , 8 ans de 1824 à 1832 ;  7 ans à partir de 1832

 

1870 – 1872 : parer au plus pressé

 

 Après la défaite de Sedan, c'est le gouvernement de Défense Nationale qui dirige la guerre contre les armées prussiennes. De quelles ressources humaines dispose-t-il ?

Peu à vrai dire :75.000 hommes aguerris.

La classe 1869 levée en hâte en août 1870 soit 90.000 hommes inexpérimentés

Les 365.000 hommes de la Garde Mobile constituée des non appelés des différentes classes d'âge alors sous les drapeaux.

Dans l'urgence le gouvernement mobilise la classe 1870 en octobre, puis tous les hommes célibataires ou veufs sans enfants en novembre. De plus 30.000 hommes s'engagent volontairement pour la durée de la guerre.

En fait du 4 septembre au 2 février, l'armée française passe de 525.000 à 1.000.000 d'hommes. Ce sont les préfets qui ont été chargés du recrutement, malgré leur manque de compétence dans ce domaine. L'armée ainsi recrutée manque cruellement de cadres.

D'avoir du agir dans l'urgence dans le domaine militaire, et en particulier dans celui du recrutement a clairement posé aux hommes politiques de l'époque le problème de la modernisation de l'armée française. Les questions militaires, en particulier celles du recrutement, de l'organisation et des cadres font alors l'objet d'âpres discussions politiques.

Thiers et les royalistes sont partisans d'une armée de métier.

Les Républicains, eux désirent une armée de citoyens – soldats, défenseurs de la Patrie mais aussi de la République. Ils conçoivent le service militaire obligatoire comme un dogme. De ces débats sortent trois lois qui donnent les assises de l'armée française jusqu'à la Grande Guerre

La loi du 27 juillet 1872 sur le recrutement

La loi de 1873 sur l'organisation de l'armée

La loi de 1875 sur les cadres de l'armée

 

Le siècle qui sépare la fin de l'Ancien régime de la IIIe République a donc été caractérisé par un recrutement plus conjoncturel que structurel : on recrutait pour faire face à des besoins du moment pendant les périodes révolutionnaires et de guerres, on maintenait une armée minimale en temps de paix. Les limites de ce système sont apparues cruellement : que pouvaient des jeunes recrues non expérimentées face à une armée prussienne constituée de 750.000 soldats recrutés de façon égalitaire, formés et qui pouvaient de plus compter sur des réserves instruites en cas de prolongation du conflit. La loi de 1872 tire pleinement les leçons de la défaite de Sedan.

 

1872 – 1905 : vers le service pour tous.

 

La loi du 27 juillet 1872 : un principe et des exceptions

Le rapporteur de la loi, le marquis de Chasseloup Laubat, présente le service militaire comme « une nécessité  sociale qui s'imposerait à notre pays alors même que la défense de notre sol ne le commanderait pas impérativement. En disant cela, il avance en fait deux idées :

- Le service militaire est un lieu de création de lien social.

- Par là même, il contribue à l'unité nationale.

Dans son article 1, la loi stipule que «  tout Français doit le service militaire personnel ». Cela, c'est le principe. Mais il faut tenir compte de deux facteurs :

- Les possibilités budgétaires.

- Le temps jugé nécessaire pour former un soldat.

La durée du service militaire est fixée à 5 ans dans l'armée d'active. Puis les conscrits restaient dans la réserve pendant 4 ans. Enfin, ils appartenaient à la territoriale pendant 11 ans, ce qui en tout faisait 20 ans d'obligations militaires pour tous … en théorie.

 

 En fait, si le système du remplacement était supprimé, la loi maintenait de nombreuses inégalités :Il y avait un système de dispenses très libéral qui concernait : 

- Les ecclésiastiques 

-Les enseignants- Les soutiens de famille 

- Les élèves des grandes écoles qui s'engageaient à servir dans la fonction publique pendant au moins 10 ans

Par ailleurs, comme il était impossible de financer l'incorporation de la totalité des contingents pendant 5 ans, un système de tirage au sort avait été mis en place : ceux qui tiraient les « bons numéros » ne devaient effectuer que 12 mois, voire 10 ou 6.

Les apprentis pouvaient obtenir un sursis d'un an renouvelable.

Les jeunes gens qui pouvaient s'équiper et être entretenus à leurs propres frais pouvaient souscrire un engagement volontaire d'un an, ce qui leur évitait un service long en cas de tirage d'un « mauvais numéro » En fait seulement 40 % d'une classe d'âge effectue un service de 5 ans. On est assez loin du principe du service pour tous, mais il faut se replacer dans le contexte de l'époque : il s'agit de ne pas braquer une opinion publique qui n'est de loin pas encore entièrement ralliée à la République : on ménage la bourgeoisie, les campagnes ou on a besoin de bras. Mais la situation politique évolue lentement

 

La loi du 17 juillet 1889 et le rôle social du service militaire.

 

Cette loi fait progresser l'application du principe d'universalité. En effet, si la durée du service militaire actif est réduite à 3 ans, il n'y a plus désormais de dérogations totales :

Les « dispensés » doivent désormais un service d'un an (bacheliers et étudiants ne font que 10 mois).

Les exemptés du service actif sont affectés à un service auxiliaire : construction de voies ferrées, manutention, services d'état major.

Le tirage au sort subsiste et ceux qui on tiré un bon numéro continuent à n'effectue qu'un an de service actif.

Cependant, tous ceux qui sont d'une façon ou d'une autre privilégiés par le système, c'est à dire tous ceux qui ne font qu'un an (dispensés et tirage au sort) et ceux qui servent dans les services auxiliaires doivent payer une taxe militaire qui « compense » en quelque sorte leur régime de faveur.

 

La loi du 21 mars 1905 : « les curés sac au dos »

 

C'est elle qui marque l'origine du service national selon les conceptions qui ont été en vigueur jusque sous la Ve République :

Toute dispense est exclue au nom du principe républicain d'Egalité.

Seules les raisons de santé permettaient d'être exempté ou affecté aux services auxiliaires.

Aucune dispense n'était accordée pour les soutiens de famille mais il y avait la possibilité pour la famille d'obtenir une compensation financière le temps de l'incorporation.


Un sursis pouvait être accordé aux soutiens de famille, aux apprentis, aux exploitants agricoles et aux étudiants.

Enfin, le service actif était limité à deux ans. Cette dernière mesure devait se combiner avec une instruction plus poussée des réserves, mais le commandement militaire ne croyait pas à l'efficacité de ces dernières.

 

De nouveaux débats ressurgissent : réserves ou armée de métier ? Les débats de 1913

 

Les lois allemandes de 1912 et 1913 avaient porté les effectifs actifs de l’armée impériale allemande à 850.000 hommes. A la même époque, il n’y avait que 540.000 hommes dans l’armée française. L’état major s’inquiète de cet état de chose. Les généraux veulent rétablir un service militaire de trois ans pour rééquilibrer les forces. S’ouvre alors le débat politique entre quantité et qualité :

La droite est favorable à une quantité maximale d’hommes en service actif, donc elle prend position pour un service de trois ans.

La gauche radicale et socialiste affirme sa confiance dans les réserves, c’est à dire dans la qualité de la formation reçue.

C’est la droite qui l’emporte et le service est rallongé à trois ans.

 

Entre les deux guerres mondiales

 

Dès la fin de 1919, dans un discours à Béthunes, Pétain évoque un service militaire d’un an.

De fait, au nom d’une politique budgétaire rigoureuse, le service militaire est ramené à 18 mois en 1923. L’idée dominante des années vingt est celle d’une armée défensive, tant dans le monde politique qu’à l’état major composé de chefs glorieux mais vieillissants. Pour tous, ce qui a marché à Verdun reste valable en cas de conflit . C’est dans cette perspective qu’en 1928 débute la construction de la ligne Maginot et que le service militaire est raccourci à un an. Seul Foch voudrait conserver une force offensive en cas de réarmement allemand ou de nécessité d’intervention auprès de nos alliés d’Europe centrale

Autre voix discordante, celle du lieutenant colonel Charles De Gaulle dans son ouvrage publié en 1934 « Vers l’armée de métier ». Son idée est de compenser l’infériorité démographique française/ Allemagne – les premières classes creuses de la Première Guerre Mondiale vont arriver à l’âge du service militaire- par la création de 6 divisions blindées de soldats professionnels. La conscription serait toutefois conservée pour appuyer ces éléments professionnels. Ses propos ne sont pas pris en compte par l’état major.

En 1936, alors que le réarmement allemand est déjà bien avancé et qu’outre Rhin un service militaire de deux ans est rétabli, le Front Populaire décide outre une rallonge budgétaire pour l’équipement de refaire passer le service militaire à deux ans et de nationaliser l’armement, ce qui est approuvé par les militaires. Mais il est déjà bien tard.

 

Sources : http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/hist_geo/ResPeda/paix/servicemilitaire.htm#haut%20de%20page